Revenus étrangers

Convention fiscale internationale : enjeux et mécanismes

Une convention fiscale répartit entre deux États le droit d'imposer chaque catégorie de revenu et organise l'élimination de la double imposition. Sa lecture obéit à une méthode, qui commence toujours par le droit interne.

L'essentiel

Une convention fiscale est un traité par lequel deux États répartissent entre eux le droit d'imposer, catégorie de revenu par catégorie de revenu, et fixent la méthode par laquelle l'État de résidence élimine la double imposition (BOFiP, BOI-INT-DG-20-20, 10 juillet 2020). Régulièrement ratifiée et publiée, elle a une autorité supérieure à celle des lois, sous réserve de son application par l'autre partie (Constitution du 4 octobre 1958, art. 55). Elle ne peut pas, par elle-même, servir de base légale à une imposition : l'imposition s'apprécie d'abord au regard de la loi française, puis l'on recherche si la convention y fait obstacle (CE, 28 juin 2002, n° 232276).

Définitions

Bénéficiaire effectif (beneficial owner)
Personne en droit d'utiliser les sommes qu'elle reçoit et d'en jouir sans être limitée par une obligation, notamment contractuelle, de les céder à une autre personne : critère retenu par le juge d'appel dans une affaire de redevances, dont le Conseil d'État a validé l'analyse (CE, 15 décembre 2025, n° 497803). Cette qualité conditionne l'exonération de retenue à la source des dividendes versés à une société mère européenne (CGI, art. 119 ter ; CE, 5 juin 2020, n° 423809) et, dans de nombreuses conventions, l'application du taux réduit de retenue.
Convention fiscale (tax treaty)
Traité conclu entre deux États pour répartir entre eux le droit d'imposer chaque catégorie de revenus et pour éliminer la double imposition. Une convention ne peut pas, par elle-même, servir de base légale à une imposition : elle conduit seulement à écarter, sur tel ou tel point, la loi fiscale nationale (CE, 28 juin 2002, n° 232276). Sa lecture suppose d'identifier la résidence du contribuable, la nature du revenu et la méthode d'élimination prévue pour ce revenu.
Crédit d'impôt conventionnel (foreign tax credit)
Mécanisme par lequel la France élimine la double imposition d'un revenu de source étrangère imposé dans l'autre État. Selon la convention, le crédit est égal à l'impôt français afférent à ce revenu, ce qui revient à l'exonérer tout en le retenant pour calculer le taux applicable aux autres revenus, ou égal à l'impôt payé à l'étranger dans la limite de l'impôt français correspondant (BOFiP, BOI-INT-DG-20-20-100, 19 février 2020).
Résidence fiscale (tax residence)
État dans lequel une personne est soumise à l'impôt sur l'ensemble de ses revenus, quelle que soit leur origine. En droit interne français, une personne a son domicile fiscal en France dès qu'elle y a son foyer ou le lieu de son séjour principal, qu'elle y exerce une activité professionnelle qui n'est pas accessoire ou qu'elle y a le centre de ses intérêts économiques (CGI, art. 4 B). Lorsque deux États considèrent la même personne comme résidente, la convention fiscale conclue entre eux, si elle existe, tranche le conflit.

Qu'est-ce qu'une convention fiscale ?

Une convention fiscale est un traité, le plus souvent bilatéral, conclu entre deux États pour éliminer les doubles impositions et prévenir l'évasion fiscale. Au 30 juin 2024, la France était liée par environ cent vingt conventions comportant une procédure amiable de règlement des différends (BOFiP, BOI-INT-DG-20-30-10, 15 avril 2026). La plupart suivent, avec des variantes parfois importantes, la structure du modèle de convention de l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) : champ d'application, définitions, règles d'imposition par catégorie de revenu, élimination de la double imposition, dispositions spéciales (non-discrimination, procédure amiable, échange de renseignements), dispositions finales.

Régulièrement ratifiée et publiée, la convention a une autorité supérieure à celle des lois, sous réserve de son application par l'autre partie (Constitution du 4 octobre 1958, art. 55). Elle ne crée pas pour autant l'impôt : elle ne peut pas, par elle-même, servir de base légale à une imposition. Le juge examine d'abord si l'imposition est fondée au regard de la loi fiscale française, puis recherche si la convention y fait obstacle (CE, 28 juin 2002, n° 232276). La loi française rend en outre imposables en France les revenus dont l'imposition lui est attribuée par une convention (CGI, art. 165 bis).

À qui et à quels impôts s'applique-t-elle ?

Les personnes

La convention s'applique aux personnes résidentes de l'un des États ou des deux. La notion de résident, au sens de la convention, commande son champ d'application, le règlement des cas de double résidence et celui des conflits entre l'État de résidence et l'État de la source. Elle prévaut sur le domicile fiscal de droit interne : une personne regardée comme résidente de l'autre État pour l'application de la convention ne peut pas être regardée comme domiciliée en France (BOFiP, BOI-INT-DG-20-10-10, 12 septembre 2012). En cas de double résidence, la convention départage les États selon des critères successifs, dont le premier est le foyer d'habitation permanent.

Les impôts

Les impôts couverts sont définis par le titre de la convention et par l'article relatif aux impôts visés, qui énumère les impôts de chaque État à la date de la signature. Un impôt non énuméré n'est pas nécessairement exclu : la convention s'applique aussi aux impôts de nature identique ou analogue établis après sa signature, qui s'ajoutent aux impôts existants ou les remplacent (BOFiP, BOI-INT-DG-20-10, 26 février 2020).

Comment répartit-elle le droit d'imposer ?

La répartition se fait catégorie par catégorie : bénéfices des entreprises, dividendes, intérêts et redevances, revenus immobiliers, gains en capital, revenus d'emplois, pensions, rémunérations publiques, fortune (BOFiP, BOI-INT-DG-20-20, 10 juillet 2020). Pour chacune, la convention retient l'une de trois configurations :

  • l'imposition exclusive dans un seul État, le plus souvent celui de la résidence, parfois celui de la source ;
  • l'imposition partagée, l'État de la source pouvant prélever un impôt dont le taux est plafonné, comme c'est fréquemment le cas pour les dividendes, les intérêts et les redevances ;
  • l'imposition dans l'État de la source, à charge pour l'État de résidence d'éliminer la double imposition, comme c'est généralement le cas pour les revenus d'immeubles.

De nombreuses conventions réservent le taux plafonné au bénéficiaire effectif du revenu. Le Conseil d'État a ainsi validé l'application de la convention conclue avec l'État de résidence du bénéficiaire effectif de redevances, et non celle conclue avec l'État de la société intermédiaire qui les avait reçues puis reversées (CE, 15 décembre 2025, n° 497803).

La qualification du revenu est la clef de la lecture : c'est elle qui désigne l'article applicable. La qualification conventionnelle résulte de la qualification attribuée en droit interne (BOFiP, BOI-INT-DG-20-10-10, 12 septembre 2012), sous réserve des définitions que la convention donne elle-même de certains termes.

Comment élimine-t-elle la double imposition ?

L'article consacré à l'élimination de la double imposition précise, pour chaque catégorie, la méthode appliquée par l'État de résidence. Pour la France, il s'agit d'un crédit d'impôt, soit égal à l'impôt français, ce qui revient à exonérer le revenu tout en le retenant pour calculer le taux applicable aux autres revenus, soit égal à l'impôt payé dans l'autre État conformément à la convention, dans la limite de l'impôt français correspondant (BOFiP, BOI-INT-DG-20-20-100, 19 février 2020). Les causes et les remèdes de la double imposition sont présentés dans l'article consacré à la double imposition.

Comment lire une convention, étape par étape ?

  1. Établir l'imposition au regard du droit interne français : domicile fiscal, source du revenu, catégorie d'imposition.
  2. Vérifier que la convention s'applique : États parties, date d'entrée en vigueur et date d'effet, impôts visés, qualité de résident de la personne.
  3. Qualifier le revenu et repérer l'article qui le vise, en tenant compte des définitions de la convention.
  4. Identifier la règle d'imposition : imposition exclusive, partagée avec un taux plafonné, ou dans l'État de la source.
  5. Lire l'article relatif à l'élimination de la double imposition pour déterminer la méthode applicable à ce revenu.
  6. Lire le protocole et les éventuels échanges de lettres, qui précisent ou modifient certaines stipulations, et vérifier les modifications apportées par des avenants ou par la convention multilatérale relative à l'érosion de la base d'imposition (BOFiP, BOI-INT-DG-20-30-10, 15 avril 2026).
  7. Consulter les commentaires administratifs propres à chaque convention, réunis dans la division « Conventions bilatérales » du BOFiP (BOFiP, BOI-INT-DG-20-10, 26 février 2020).

Chaque convention a sa rédaction. Une règle lue dans la convention conclue avec un État voisin ne se transpose pas à un autre État.

Questions fréquentes

Une convention fiscale peut-elle fonder à elle seule une imposition en France ?

Non : elle ne peut pas, par elle-même, servir de base légale à une imposition (CE, 28 juin 2002, n° 232276). La loi française prévoit en revanche que sont passibles de l'impôt sur le revenu en France les revenus dont l'imposition lui est attribuée par une convention (CGI, art. 165 bis).

Un impôt créé après la signature de la convention est-il couvert ?

Il peut l'être : la convention s'applique aux impôts de nature identique ou analogue établis après sa signature, qui s'ajoutent aux impôts existants ou les remplacent (BOFiP, BOI-INT-DG-20-10, 26 février 2020). L'analyse se fait impôt par impôt, au regard de l'article relatif aux impôts visés.

Où trouver l'interprétation administrative d'une convention particulière ?

Dans la division « Conventions bilatérales » du BOFiP, qui commente chaque convention conclue par la France (BOFiP, BOI-INT-DG-20-10, 26 février 2020).

Que faire si l'autre État impose un revenu en méconnaissance de la convention ?

Réclamer auprès de cet État selon ses propres règles et, le cas échéant, demander l'ouverture d'une procédure amiable entre les autorités compétentes, dans le délai prévu par la convention, qui varie de trois mois à trois ans (BOFiP, BOI-INT-DG-20-30-10, 15 avril 2026).

Références

Cette page présente des règles générales à la date de sa dernière mise à jour. Elle ne tient pas compte des particularités de votre situation.