Revenus étrangers

Créateurs de contenus rémunérés par des plateformes étrangères : imposition des revenus

Les revenus d'une chaîne vidéo ou d'une activité de diffusion en direct proviennent souvent de sociétés établies hors de France. Ils n'en sont pas moins imposables en France, et leur régime dépend de leur catégorie et de leur montant.

L'essentiel

Un créateur de contenus domicilié en France est imposable sur l'ensemble de ses revenus, y compris ceux versés par une plateforme étrangère (CGI, art. 4 A). Selon la nature de l'activité, ces revenus relèvent des bénéfices non commerciaux (CGI, art. 92) ou des bénéfices industriels et commerciaux (CGI, art. 34) ; en cas de doute, une demande de prise de position peut être adressée à l'administration (LPF, art. L80 B). Sous 83 600 euros de recettes, le régime micro des bénéfices non commerciaux applique un abattement de 34 % (CGI, art. 102 ter) ; celui des bénéfices commerciaux un abattement de 50 % pour les prestations de services, dans la même limite (CGI, art. 50-0). Le compte de paiement ouvert auprès d'un organisme étranger se déclare chaque année (CGI, art. 1649 A).

Définitions

Compte à l'étranger (foreign account)
Compte ouvert hors de France auprès d'une personne qui reçoit habituellement en dépôt des valeurs mobilières, titres ou fonds : compte bancaire, compte-titres, compte d'espèces chez un courtier, compte de paiement. Tout compte ouvert, détenu, utilisé ou clos au cours de l'année par un membre du foyer fiscal résident de France se déclare avec la déclaration des revenus (CGI, art. 1649 A). Les contrats d'assurance-vie ou de capitalisation souscrits hors de France et les portefeuilles de crypto-actifs ouverts à l'étranger relèvent d'obligations voisines (CGI, art. 1649 AA ; CGI, art. 1649 bis C).
Régime des micro-entreprises
Régime d'imposition des entreprises individuelles dont les recettes n'excèdent pas certains seuils : le bénéfice est égal aux recettes diminuées d'un abattement forfaitaire, sans déduction des charges réelles, de 34 % en bénéfices non commerciaux (CGI, art. 102 ter) et de 50 % ou 71 % en bénéfices industriels et commerciaux selon l'activité (CGI, art. 50-0). L'option pour un régime réel d'imposition reste ouverte.

Les revenus versés par une plateforme étrangère sont-ils imposables en France ?

Oui. La personne domiciliée en France est imposable sur l'ensemble de ses revenus, quelle qu'en soit la source (CGI, art. 4 A). Les sommes versées par une plateforme de vidéo ou de diffusion en direct, un réseau de régie publicitaire, un annonceur ou les abonnés d'une chaîne sont des revenus d'activité, qu'elles soient payées par une société établie en Irlande, aux États-Unis ou ailleurs, en euros ou en devise.

La question n'est donc pas de savoir s'il faut déclarer, mais dans quelle catégorie de revenus et selon quel régime.

Bénéfices non commerciaux ou bénéfices industriels et commerciaux ?

Relèvent des bénéfices industriels et commerciaux les bénéfices provenant de l'exercice d'une profession commerciale, industrielle ou artisanale (CGI, art. 34). Relèvent des bénéfices non commerciaux les bénéfices des professions libérales et de toutes occupations, exploitations lucratives et sources de profits qui ne se rattachent pas à une autre catégorie (CGI, art. 92).

L'activité d'un créateur de contenus mêle souvent plusieurs sources : partage des recettes publicitaires d'une plateforme, abonnements et dons, partenariats rémunérés avec des marques, vente de produits dérivés. Chaque source s'analyse selon la nature de l'opération et les conditions dans lesquelles elle est exercée ; une même personne peut percevoir des revenus de catégories différentes.

Le contribuable de bonne foi peut interroger l'administration, par une demande écrite, précise et complète, sur le rattachement de ses revenus aux bénéfices industriels et commerciaux ou aux bénéfices non commerciaux ; l'administration qui n'a pas répondu dans un délai de trois mois ne peut plus procéder à un rehaussement fondé sur un autre rattachement (LPF, art. L80 B).

Quels régimes d'imposition ?

Tant que les recettes restent sous certains seuils, le bénéfice imposable est déterminé forfaitairement :

Régimes des micro-entreprises, seuils et abattements des rédactions en vigueur depuis le 1er juillet 2026
CatégorieSeuil de recettes hors taxes de l'année précédente ou de la pénultième annéeAbattement forfaitaire
Bénéfices non commerciaux (CGI, art. 102 ter)83 600 euros34 %
Bénéfices industriels et commerciaux, prestations de services (CGI, art. 50-0)83 600 euros50 %
Bénéfices industriels et commerciaux, ventes de marchandises (CGI, art. 50-0)203 100 euros71 %

Les recettes sont portées directement sur la déclaration des revenus. Le contribuable tient un document détaillant ses recettes au jour le jour (CGI, art. 102 ter ; CGI, art. 50-0). Aucune charge réelle n'est déduite en sus de l'abattement : lorsque les dépenses réelles de l'activité, matériel, logiciels, déplacements, sont élevées, l'option pour un régime réel peut être plus favorable ; elle s'exerce dans les délais prévus par chacun des deux articles et se reconduit tacitement chaque année.

Le versement libératoire

Le contribuable relevant d'un régime micro et du régime social des micro-entrepreneurs peut opter pour un versement libératoire de l'impôt sur le revenu, calculé sur les recettes aux taux de 2,2 % en bénéfices non commerciaux, 1,7 % pour les prestations de services et 1 % pour les ventes, si le revenu de son foyer de l'avant-dernière année n'excède pas un plafond lié au barème. L'option est adressée aux organismes de recouvrement des cotisations au plus tard le 30 septembre de l'année précédente (CGI, art. 151-0).

Faut-il déclarer le compte sur lequel la plateforme verse les sommes ?

Un compte de paiement ouvert auprès d'un organisme établi hors de France est un compte à l'étranger, à déclarer chaque année avec la déclaration des revenus, même s'il est géré depuis une application (CGI, art. 1649 A ; BOFiP, BOI-CF-CPF-30-20, 26 mai 2021). Selon l'administration, l'obligation ne s'applique pas au compte qui a pour objet de réaliser en ligne des paiements d'achats ou des encaissements afférents à des ventes de biens, dont l'ouverture suppose la détention d'un compte ouvert en France auquel il est adossé, et dont les encaissements annuels afférents à des ventes réalisées par son titulaire n'excèdent pas 10 000 euros, tous comptes de même objet confondus (BOFiP, BOI-CF-CPF-30-20, 26 mai 2021). Du côté des encaissements, cette exclusion ne vise que les ventes de biens : elle ne joue pas, en principe, pour un compte qui encaisse des recettes publicitaires, des abonnements ou des rémunérations de services. Les règles et les sanctions sont présentées sur la page consacrée aux comptes à l'étranger.

Que mettre en place dès les premiers revenus ?

  • Un compte bancaire dédié à l'activité, et la conservation des relevés de chaque plateforme.
  • Un registre des recettes par source, avec la date d'encaissement et, pour les sommes en devise, le cours retenu.
  • La conservation des factures de dépenses, utiles si l'option pour un régime réel devient intéressante.
  • Une analyse de la catégorie de chaque source de revenus, et, en cas de doute, une demande de prise de position.
  • La liste des comptes ouverts auprès d'organismes étrangers.

La taxe sur la valeur ajoutée et les cotisations sociales obéissent à des règles propres, non traitées ici. Le traitement des revenus de source étrangère est présenté sur la page consacrée aux revenus étrangers.

Questions fréquentes

La plateforme me paie depuis l'Irlande et ne prélève rien : dois-je déclarer ces sommes ?

Oui. En tant que résident de France, vous êtes imposable sur l'ensemble de vos revenus, quelle qu'en soit la source (CGI, art. 4 A) ; l'absence de retenue par la plateforme ne dispense pas de les déclarer.

Mes revenus de chaîne vidéo sont-ils des bénéfices non commerciaux ?

Les bénéfices non commerciaux regroupent les recettes qui ne se rattachent à aucune autre catégorie (CGI, art. 92) ; chaque source de revenus s'analyse séparément. Une demande écrite, précise et complète permet d'obtenir une position de l'administration sur ce rattachement (LPF, art. L80 B).

Puis-je déduire mon matériel si je suis au régime micro ?

Non : le bénéfice est égal aux recettes diminuées d'un abattement forfaitaire (CGI, art. 102 ter ; CGI, art. 50-0). Si vos dépenses réelles sont supérieures à cet abattement, l'option pour un régime réel mérite d'être étudiée.

Mon compte de paiement en ligne est-il un compte à l'étranger ?

Oui s'il est ouvert auprès d'un organisme établi hors de France, sauf, selon l'administration, s'il a pour objet des paiements d'achats ou des encaissements de ventes de biens en ligne, si son ouverture suppose la détention d'un compte ouvert en France auquel il est adossé et s'il n'encaisse pas plus de 10 000 euros de ventes par an, tous comptes de même objet confondus (CGI, art. 1649 A ; BOFiP, BOI-CF-CPF-30-20, 26 mai 2021).

Références

Cette page présente des règles générales à la date de sa dernière mise à jour. Elle ne tient pas compte des particularités de votre situation.