Revenus étrangers

La double imposition internationale : définition, causes et remèdes

Un même revenu peut être imposé par l'État où il prend sa source et par l'État où réside son bénéficiaire. Cette superposition se prévient et se corrige, à condition d'en identifier d'abord la cause.

L'essentiel

Il y a double imposition lorsqu'un même revenu est imposé par deux États. Elle est juridique lorsque le même contribuable est imposé dans les deux États à raison du même revenu, économique lorsque l'imposition d'un contribuable dans un État fait double emploi avec celle d'un contribuable lié dans l'autre État (BOFiP, BOI-INT-DG-20-30-10, 15 avril 2026). Elle naît le plus souvent de la combinaison de deux critères : les personnes domiciliées en France y sont imposables sur l'ensemble de leurs revenus, et celles qui sont domiciliées hors de France sur leurs seuls revenus de source française (CGI, art. 4 A). La convention fiscale conclue entre les deux États, lorsqu'elle existe, répartit le droit d'imposer et fixe la méthode d'élimination ; à défaut, seul le droit interne s'applique.

Définitions

Convention fiscale (tax treaty)
Traité conclu entre deux États pour répartir entre eux le droit d'imposer chaque catégorie de revenus et pour éliminer la double imposition. Une convention ne peut pas, par elle-même, servir de base légale à une imposition : elle conduit seulement à écarter, sur tel ou tel point, la loi fiscale nationale (CE, 28 juin 2002, n° 232276). Sa lecture suppose d'identifier la résidence du contribuable, la nature du revenu et la méthode d'élimination prévue pour ce revenu.
Double imposition (double taxation)
Imposition d'un même revenu par deux États. Elle est juridique lorsque le même contribuable est imposé dans les deux États à raison du même revenu, et économique lorsque l'imposition du revenu d'un contribuable dans un État fait double emploi avec l'imposition du revenu d'un contribuable lié au premier dans l'autre État (BOFiP, BOI-INT-DG-20-30-10, 15 avril 2026). Les conventions fiscales ont pour objet de l'éliminer.
Procédure amiable (mutual agreement procedure)
Procédure non juridictionnelle, prévue par les conventions fiscales, par laquelle une personne qui estime faire l'objet d'une imposition non conforme à la convention demande aux autorités compétentes des deux États de résoudre le cas. Les États s'efforcent d'éliminer la double imposition sans être tenus d'y parvenir ; le délai de saisine varie selon les conventions, de trois mois à trois ans (BOFiP, BOI-INT-DG-20-30-10, 15 avril 2026).
Résidence fiscale (tax residence)
État dans lequel une personne est soumise à l'impôt sur l'ensemble de ses revenus, quelle que soit leur origine. En droit interne français, une personne a son domicile fiscal en France dès qu'elle y a son foyer ou le lieu de son séjour principal, qu'elle y exerce une activité professionnelle qui n'est pas accessoire ou qu'elle y a le centre de ses intérêts économiques (CGI, art. 4 B). Lorsque deux États considèrent la même personne comme résidente, la convention fiscale conclue entre eux, si elle existe, tranche le conflit.

Qu'est-ce qu'une double imposition ?

La double imposition désigne l'imposition d'un même revenu par deux États. Elle prend deux formes, que l'administration distingue expressément (BOFiP, BOI-INT-DG-20-30-10, 15 avril 2026) :

  • la double imposition juridique : le même contribuable est imposé dans les deux États à raison du même revenu, par exemple un résident de France qui perçoit le loyer d'un immeuble situé à l'étranger ;
  • la double imposition économique : l'imposition du revenu d'un contribuable dans un État fait double emploi avec l'imposition du revenu d'un contribuable lié au premier dans l'autre État, notamment lorsque des bénéfices sont transférés entre sociétés d'un même groupe.

La distinction n'est pas théorique. Les conventions fiscales traitent principalement la première ; la seconde relève surtout des règles applicables aux groupes et aux prix de transfert. En droit interne, le régime des sociétés mères atténue la superposition de l'impôt dû par une filiale sur ses bénéfices et de l'impôt dû par sa mère sur les dividendes qu'elle en reçoit : ces dividendes sont retranchés du bénéfice de la société mère, sous réserve d'une quote-part de frais et charges (CGI, art. 145 ; CGI, art. 216).

D'où vient la double imposition ?

La source et la résidence

La cause la plus fréquente tient à la combinaison de deux critères d'imposition. Les personnes qui ont leur domicile fiscal en France y sont imposables sur l'ensemble de leurs revenus, qu'ils soient de source française ou étrangère ; celles dont le domicile fiscal est situé hors de France n'y sont imposables que sur leurs revenus de source française (CGI, art. 4 A). Sont notamment de source française les revenus d'immeubles situés en France (CGI, art. 164 B).

La plupart des États appliquent des règles comparables. Le revenu qui naît dans un État et qui est perçu par un résident d'un autre État est donc exposé à deux impôts : celui de l'État de la source, souvent prélevé par voie de retenue, et celui de l'État de résidence, qui impose le revenu mondial de ses résidents.

La double résidence

La double imposition peut aussi naître de ce que deux États considèrent la même personne comme leur résident. En France, les critères du domicile fiscal sont alternatifs : il suffit d'avoir en France son foyer ou le lieu de son séjour principal, d'y exercer une activité professionnelle qui n'est pas accessoire ou d'y avoir le centre de ses intérêts économiques (CGI, art. 4 B). Un autre État peut retenir d'autres critères pour la même année.

Lorsqu'une convention lie les deux États, la résidence au sens de la convention prévaut sur le domicile fiscal de droit interne : une personne regardée comme résidente de l'autre État pour l'application de la convention ne peut pas être regardée comme domiciliée en France. La convention départage alors les deux États selon des critères successifs : le foyer d'habitation permanent, puis l'État avec lequel les liens personnels et économiques sont les plus étroits, puis le séjour habituel, puis la nationalité (BOFiP, BOI-INT-DG-20-10-10, 12 septembre 2012). Chaque convention a sa rédaction propre, qu'il faut lire.

Les conflits de qualification

Deux États peuvent enfin qualifier différemment un même paiement. La qualification commande l'article de la convention applicable et, avec lui, le droit de l'État de la source d'imposer. Le Conseil d'État a ainsi jugé que des sommes versées pour l'usage de marques, d'un savoir-faire et d'informations étaient des redevances, que les conventions en cause permettaient à l'État de la source de soumettre à une retenue limitée, et non des bénéfices d'entreprises imposables seulement dans l'État de résidence de leur bénéficiaire (CE, 15 décembre 2025, n° 497803). Un paiement qualifié de redevance dans un État et de bénéfice commercial dans l'autre peut être imposé deux fois sans que le crédit d'impôt attendu soit accordé.

Comment la double imposition est-elle éliminée ?

Par la convention fiscale

La convention fiscale ne crée pas l'impôt : elle ne peut pas, par elle-même, servir de base légale à une imposition. L'imposition s'apprécie d'abord au regard de la loi fiscale française, puis l'on recherche si la convention y fait obstacle (CE, 28 juin 2002, n° 232276). La convention répartit ensuite le droit d'imposer entre l'État de la source et l'État de résidence, catégorie de revenu par catégorie de revenu, et fixe la méthode d'élimination de la double imposition.

Pour la France, État de résidence, cette élimination prend la forme d'un crédit d'impôt, selon l'une de deux méthodes que chaque convention précise (BOFiP, BOI-INT-DG-20-20-100, 19 février 2020) :

Les deux formes du crédit d'impôt conventionnel
MéthodeEffet
Crédit égal à l'impôt françaisLe revenu est en fait exonéré en France, mais il est retenu pour calculer le taux applicable aux autres revenus du foyer.
Crédit égal à l'impôt étrangerL'impôt payé dans l'autre État conformément à la convention s'impute sur l'impôt français, dans la limite de l'impôt français correspondant au revenu.

Le fonctionnement d'une convention et la méthode pour la lire sont présentés dans l'article consacré aux conventions fiscales internationales.

En l'absence de convention

Sans convention, seul le droit interne s'applique. Pour les revenus de capitaux mobiliers de source étrangère, l'impôt étranger ne donne lieu à aucun crédit : le revenu est imposé pour son montant net de cet impôt (CGI, art. 122). Pour les autres catégories de revenus, le sort de l'impôt étranger dépend des règles propres à chaque catégorie et s'analyse au cas par cas.

Par la procédure amiable

Le contribuable qui estime qu'une mesure prise par l'un des États ou par les deux entraîne pour lui une imposition non conforme à la convention peut demander l'ouverture d'une procédure amiable entre les autorités compétentes. Cette procédure, non juridictionnelle, ne comporte qu'une obligation de moyens : les États s'efforcent d'éliminer la double imposition sans être tenus d'y parvenir. En France, elle peut être engagée dès la proposition de rectification, la notification des bases d'une imposition d'office ou le prélèvement d'une retenue à la source. Le délai de saisine varie selon les conventions, de trois mois à trois ans, et certaines n'en prévoient aucun (BOFiP, BOI-INT-DG-20-30-10, 15 avril 2026).

Que vérifier face à une double imposition ?

  • La résidence fiscale du contribuable au regard du droit interne de chaque État, puis au sens de la convention.
  • La qualification du revenu dans chacun des deux États et l'article de la convention qui la vise.
  • Le droit d'imposer que la convention reconnaît à l'État de la source et, le cas échéant, le taux maximal de son prélèvement.
  • La méthode d'élimination prévue pour ce revenu et les rubriques de la déclaration française qui la mettent en oeuvre.
  • Les délais de réclamation dans chaque État et le délai de saisine de la procédure amiable.

Questions fréquentes

Un revenu déjà imposé à l'étranger doit-il être déclaré en France ?

Oui, lorsque son bénéficiaire a son domicile fiscal en France : il y est imposable sur l'ensemble de ses revenus (CGI, art. 4 A). L'impôt payé à l'étranger est pris en compte au moyen du crédit d'impôt prévu par la convention, selon la méthode qu'elle retient pour ce revenu (BOFiP, BOI-INT-DG-20-20-100, 19 février 2020).

Que faire si deux États me considèrent comme leur résident la même année ?

Si une convention lie les deux États, elle vous rattache à un seul d'entre eux selon des critères successifs : foyer d'habitation permanent, liens personnels et économiques les plus étroits, séjour habituel, nationalité (BOFiP, BOI-INT-DG-20-10-10, 12 septembre 2012). Rassemblez les pièces qui établissent chacun de ces éléments. Si le désaccord entre les États persiste, l'appréciation de la résidence figure parmi les sujets les plus souvent soumis à la procédure amiable (BOFiP, BOI-INT-DG-20-30-10, 15 avril 2026).

La procédure amiable suspend-elle le paiement de l'impôt contesté ?

Non. Son ouverture n'emporte pas la suspension du recouvrement ; lorsqu'elle est ouverte au stade de la proposition de rectification, l'administration diffère en principe la mise en recouvrement jusqu'au terme du délai de prescription. Le contribuable conserve la possibilité de contester l'imposition par voie de réclamation afin de demander le sursis de paiement (BOFiP, BOI-INT-DG-20-30-10, 15 avril 2026 ; LPF, art. L277).

Références

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