Fiscalité

Déclarer ses revenus de source étrangère quand on réside en France

Salaires, pensions, loyers, dividendes ou intérêts perçus hors de France : un résident fiscal français les déclare tous, y compris lorsqu'ils ont déjà été imposés dans l'État où ils sont nés. La convention fiscale applicable décide ensuite qui impose et comment la double imposition est éliminée.

L'essentiel

Un résident fiscal de France déclare chaque année l'ensemble de ses revenus, de source française et de source étrangère, y compris ceux qui ont déjà supporté un impôt à l'étranger (CGI, art. 4 A). Les revenus encaissés hors de France se détaillent sur une annexe dédiée, jointe à la déclaration d'ensemble, après conversion en euros. Lorsqu'une convention fiscale lie la France et l'État de la source, elle détermine l'État qui impose et la méthode d'élimination de la double imposition : soit un crédit d'impôt égal à l'impôt français, qui neutralise le revenu tout en le retenant pour le calcul du taux, soit un crédit égal à l'impôt étranger, plafonné à l'impôt français correspondant (BOFiP, BOI-INT-DG-20-20-100, 19 février 2020). Pour les dividendes et intérêts, le crédit est limité au prélèvement que la convention autorise ; la retenue prélevée au-delà ne s'impute pas en France et ne peut être récupérée qu'auprès de l'État de la source, lorsque la convention prévoit un remboursement.

Définitions

Convention fiscale (tax treaty)
Traité conclu entre deux États pour répartir entre eux le droit d'imposer chaque catégorie de revenus et pour éliminer la double imposition. Une convention ne peut pas, par elle-même, servir de base légale à une imposition : elle conduit seulement à écarter, sur tel ou tel point, la loi fiscale nationale (CE, 28 juin 2002, n° 232276). Sa lecture suppose d'identifier la résidence du contribuable, la nature du revenu et la méthode d'élimination prévue pour ce revenu.
Crédit d'impôt conventionnel (foreign tax credit)
Mécanisme par lequel la France élimine la double imposition d'un revenu de source étrangère imposé dans l'autre État. Selon la convention, le crédit est égal à l'impôt français afférent à ce revenu, ce qui revient à l'exonérer tout en le retenant pour calculer le taux applicable aux autres revenus, ou égal à l'impôt payé à l'étranger dans la limite de l'impôt français correspondant (BOFiP, BOI-INT-DG-20-20-100, 19 février 2020).
Retenue à la source (withholding tax)
Impôt prélevé par l'établissement payeur au moment du versement d'un revenu, par exemple un dividende ou des intérêts, pour le compte de l'État de la source. Lorsque le taux appliqué excède le prélèvement autorisé par la convention fiscale, l'excédent ne s'impute pas en France ; il se réclame, lorsque la convention le prévoit, auprès de l'administration de l'État de la source (BOFiP, BOI-RPPM-RCM-20-10-20-60, 29 décembre 2016).
Résidence fiscale (tax residence)
État dans lequel une personne est soumise à l'impôt sur l'ensemble de ses revenus, quelle que soit leur origine. En droit interne français, une personne a son domicile fiscal en France dès qu'elle y a son foyer ou le lieu de son séjour principal, qu'elle y exerce une activité professionnelle qui n'est pas accessoire ou qu'elle y a le centre de ses intérêts économiques (CGI, art. 4 B). Lorsque deux États considèrent la même personne comme résidente, la convention fiscale conclue entre eux, si elle existe, tranche le conflit.

Un contribuable qui réside en France et perçoit une partie de ses revenus hors de France se trouve à la jonction de deux systèmes fiscaux. L'État où le revenu prend naissance l'impose souvent en premier, par une retenue à la source ou par une déclaration locale. La France, État de résidence, l'impose ensuite dans le cadre de l'impôt sur le revenu, sauf à éliminer la double imposition selon les règles prévues par la convention fiscale conclue avec l'autre État.

Les erreurs les plus fréquentes ne tiennent pas à la complexité des conventions, mais à trois omissions : ne pas déclarer un revenu au motif qu'il a déjà été imposé ailleurs, ne pas demander le crédit d'impôt auquel on a droit, et ne pas déclarer le compte sur lequel le revenu a été versé. Cette page expose le raisonnement à suivre, dans l'ordre où il se pose.

Pourquoi un résident de France déclare-t-il ses revenus étrangers ?

Les personnes qui ont en France leur domicile fiscal y sont imposables sur l'ensemble de leurs revenus, quelle qu'en soit la source ; celles qui l'ont hors de France n'y sont imposables que sur leurs revenus de source française (CGI, art. 4 A). C'est le principe de l'imposition mondiale (worldwide taxation). Le domicile fiscal s'apprécie selon des critères de droit interne alternatifs : il suffit d'avoir en France son foyer ou le lieu de son séjour principal, d'y exercer une activité professionnelle, salariée ou non, à moins qu'elle n'y soit exercée qu'à titre accessoire, ou d'y avoir le centre de ses intérêts économiques (CGI, art. 4 B).

La nationalité, le lieu d'ouverture du compte ou la devise du revenu ne figurent pas parmi ces critères. Un salaire versé par un employeur étranger sur un compte étranger, un loyer encaissé en devise, un dividende versé par une société cotée à l'étranger sont des revenus du résident, à déclarer comme tels.

Lorsque l'autre État considère lui aussi le contribuable comme son résident, la convention fiscale, si elle existe, le rattache à un seul État selon ses propres critères. La personne qui n'est pas regardée comme résidente de France au sens de la convention n'a pas son domicile fiscal en France, même si elle remplit l'un des critères du droit interne (CGI, art. 4 B). Ce cas relève d'une analyse propre, qui dépasse la simple déclaration des revenus.

Quel est le rôle de la convention fiscale ?

Déterminer l'État qui a le droit d'imposer

Une convention fiscale répartit le droit d'imposer entre l'État de la source et l'État de résidence, catégorie de revenu par catégorie de revenu. Elle ne peut pas, par elle-même, servir de base légale à une imposition : l'imposition s'apprécie d'abord au regard de la loi fiscale française, puis l'on recherche si la convention y fait obstacle (CE, 28 juin 2002, n° 232276). Selon les cas, le revenu n'est imposable que dans l'un des deux États, ou dans les deux ; pour les dividendes et les intérêts, la convention limite souvent le prélèvement que l'État de la source peut opérer.

La lecture d'une convention suit toujours la même méthode : qualifier le revenu (salaire, pension, revenu immobilier, dividende, intérêt, plus-value), repérer l'article qui le vise, identifier la règle d'imposition, puis la méthode d'élimination de la double imposition prévue par l'article consacré à cette question. Chaque convention a sa rédaction ; celle conclue avec un État voisin ne se transpose pas à un autre.

Éliminer la double imposition : deux méthodes

Pour les revenus que la convention permet à l'autre État d'imposer, la France, État de résidence, élimine la double imposition par l'octroi d'un crédit d'impôt, selon l'une de deux méthodes que chaque convention précise (BOFiP, BOI-INT-DG-20-20-100, 19 février 2020).

Les deux formes de crédit d'impôt conventionnel
MéthodeEffet en FrancePoint d'attention
Crédit égal à l'impôt françaisLe crédit est égal à l'impôt français correspondant au revenu, pourvu que celui-ci ait été effectivement imposé dans l'autre État : le revenu est en fait exonéré en France, mais il est retenu pour calculer le taux applicable aux autres revenus du foyer (règle du taux effectif).Le revenu se déclare malgré l'exonération : il entre dans le calcul du taux.
Crédit égal à l'impôt étrangerLe revenu est imposé en France ; l'impôt payé dans l'autre État, établi conformément à la convention, s'impute sur l'impôt français, dans la limite de l'impôt français calculé sur ce revenu.Le crédit ne peut excéder ni le prélèvement autorisé par la convention, ni l'impôt français afférent au revenu.

Pour les revenus de capitaux mobiliers, le crédit d'impôt imputable s'ajoute au revenu imposable, qui est ainsi retenu pour son montant brut (BOFiP, BOI-RPPM-RCM-20-10-20-60, 29 décembre 2016), et l'impôt étranger ne peut pas être à la fois imputé et déduit (BOFiP, BOI-RPPM-RCM-10-30-10-20, 30 juin 2022). En l'absence de convention prévoyant l'imputation, ces revenus ne donnent lieu à aucun crédit : ils sont imposés pour leur montant net de l'impôt étranger (CGI, art. 122). Pour les autres catégories de revenus, le sort de l'impôt étranger en l'absence de convention dépend des règles propres à chaque catégorie et s'analyse au cas par cas.

Comment déclarer, formulaire par formulaire ?

L'annexe des revenus encaissés à l'étranger

Les revenus encaissés hors de France, notamment les revenus de valeurs mobilières, se détaillent sur une annexe spécifique, la déclaration n° 2047, jointe à la déclaration d'ensemble des revenus n° 2042 ; cette annexe sert aussi à déterminer le crédit d'impôt attaché à ces revenus (BOFiP, BOI-RPPM-RCM-20-10-20-60, 29 décembre 2016). Les montants qui en résultent sont ensuite reportés dans les rubriques correspondantes de la déclaration d'ensemble.

La déclaration en ligne présente ces rubriques sous forme de questions ; le raisonnement reste le même. Deux points méritent une attention particulière :

  • les revenus ouvrant droit à un crédit égal à l'impôt français se déclarent néanmoins : ils sont compris dans le revenu imposable, et le crédit d'impôt, égal à la fraction de l'impôt français correspondant à ces revenus, en neutralise l'imposition (BOFiP, BOI-INT-DG-20-20-100, 19 février 2020) ;
  • pour les dividendes et intérêts de source étrangère, le crédit d'impôt, limité au prélèvement autorisé par la convention, se reporte dans la rubrique prévue à cet effet et s'ajoute au revenu imposable (BOFiP, BOI-RPPM-RCM-20-10-20-60, 29 décembre 2016).

Les numéros des cases changent d'une année à l'autre : ils se vérifient chaque année sur la notice de la déclaration.

La conversion en euros

Pour les revenus de valeurs mobilières étrangères, le revenu se détermine d'après la valeur brute en euros des produits encaissés, au cours du change du jour des paiements (CGI, art. 122) ; en cas d'inscription au crédit d'un compte, l'administration retient le cours du jour de cette inscription (BOFiP, BOI-RPPM-RCM-10-30-10-20, 30 juin 2022). Il est prudent de conserver, pour chaque revenu, le cours retenu, sa source et le tableau de conversion : ils permettent de justifier les montants déclarés en cas de contrôle.

Le compte qui reçoit le revenu

Le revenu étranger est souvent versé sur un compte ouvert hors de France. Ce compte fait l'objet d'une déclaration distincte, due même s'il n'a produit aucun revenu dans l'année (CGI, art. 1649 A). Les règles, les sanctions et les cas particuliers sont exposés sur la page consacrée aux comptes à l'étranger.

Le prélèvement à la source

Les salaires, pensions et rentes de source étrangère versés par un débiteur établi hors de France ne supportent pas de retenue à la source française : comme les revenus fonciers, ils donnent lieu à un acompte acquitté par le contribuable (CGI, art. 204 C). Le prélèvement ainsi acquitté s'impute sur l'impôt sur le revenu dû au titre de l'année, dont le solde reste à acquitter, et l'excédent éventuel est restitué (CGI, art. 204 A).

Quelles situations demandent une attention particulière ?

Salaires d'une activité exercée à l'étranger

Les conventions répartissent le droit d'imposer les salaires selon leurs propres règles, qui tiennent souvent compte du lieu où l'activité est physiquement exercée et de la durée des séjours. Le décompte des jours de travail passés dans chaque État est alors décisif. Les travailleurs frontaliers relèvent souvent de règles propres, fixées par la convention ou par un accord particulier entre les deux États.

Pensions de retraite

Les conventions distinguent en général les pensions privées et les pensions publiques, dont le traitement diffère. La qualification de la pension, et les exceptions prévues par certaines conventions, commandent le choix entre les deux formes de crédit d'impôt.

Revenus immobiliers de source étrangère

Un loyer perçu sur un bien situé à l'étranger est, selon la plupart des conventions, imposable dans l'État de situation du bien ; en France, il est alors souvent pris en compte pour le calcul du taux, au moyen du crédit égal à l'impôt français. Le revenu à retenir se détermine selon les règles françaises, sans distinguer selon que sa source est en France ou hors de France (CGI, art. 158).

Dividendes et intérêts

Les dividendes et intérêts de source étrangère entrent dans le champ de l'imposition forfaitaire au taux de 12,8 %, sauf option globale pour le barème progressif ; ils sont retenus pour leur montant brut, et l'impôt retenu à la source s'impute dans la limite du crédit prévu par la convention (CGI, art. 200 A). Lorsque l'établissement payeur est établi hors de France, aucun prélèvement n'est opéré en France lors du paiement : c'est au contribuable de déclarer et, le cas échéant, de verser lui-même l'acompte dû sur ces revenus (CGI, art. 117 quater ; CGI, art. 125 D). Ces questions, communes aux comptes-titres étrangers, sont détaillées sur la page consacrée aux courtiers étrangers.

Prélèvements sociaux

Les revenus du patrimoine de source étrangère perçus par un résident de France, notamment les revenus de capitaux mobiliers, supportent en principe la contribution sociale généralisée sur les revenus du patrimoine, sauf s'ils l'ont déjà supportée à un autre titre (article L136-6 du code de la sécurité sociale). Les personnes qui relèvent, en application du règlement européen de coordination des systèmes de sécurité sociale, du régime d'assurance maladie d'un autre État et ne sont pas à la charge d'un régime obligatoire français n'en sont pas redevables ; elles restent redevables du prélèvement de solidarité (CGI, art. 235 ter).

Que vérifier avant de signer sa déclaration ?

  • La résidence fiscale du foyer pour toute l'année, en particulier l'année d'une arrivée ou d'un départ (voir la page expatriation et retour).
  • La liste complète des revenus étrangers, catégorie par catégorie, avec le pays d'origine et les pièces qui les justifient.
  • La convention applicable à chaque pays, et, pour chaque revenu, la règle d'imposition et la méthode d'élimination qu'elle prévoit.
  • La conversion en euros de chaque montant, avec le cours retenu et sa source.
  • Le montant brut de chaque revenu et l'impôt étranger effectivement supporté, ramené le cas échéant au prélèvement autorisé par la convention.
  • Les demandes de remboursement à adresser à l'État de la source pour la retenue excédentaire, lorsque la convention le prévoit.
  • La déclaration de chaque compte ouvert, détenu, utilisé ou clos à l'étranger dans l'année.

Une déclaration exacte n'est pas seulement une question de montants : elle suppose que chaque revenu soit rattaché à la bonne catégorie et à la bonne convention. C'est sur ce rattachement que portent de nombreuses rectifications en matière de revenus étrangers.

Questions fréquentes

Dois-je déclarer en France un revenu déjà imposé à l'étranger ?

Oui, dès lors que vous avez votre domicile fiscal en France (CGI, art. 4 A). L'imposition subie à l'étranger ne dispense pas de la déclaration : elle est prise en compte au moyen du crédit d'impôt prévu par la convention fiscale, que vous devez demander en remplissant les rubriques correspondantes. Un revenu déjà imposé à l'étranger et omis en France reste un revenu omis.

Quel taux de change retenir pour convertir un revenu perçu en devise ?

Pour les dividendes et intérêts de source étrangère, le revenu se convertit en euros au cours du change du jour du paiement (CGI, art. 122) ; en cas d'inscription au crédit d'un compte, l'administration retient le cours du jour de cette inscription. Conservez la source du cours retenu et le détail du calcul : ils pourront être demandés en cas de contrôle.

Puis-je déduire l'impôt payé à l'étranger de mon revenu imposable en France ?

Non, lorsque le revenu ouvre droit à un crédit d'impôt conventionnel : c'est ce crédit qui élimine la double imposition, et l'impôt étranger ne peut pas être à la fois imputé et déduit (BOFiP, BOI-RPPM-RCM-10-30-10-20, 30 juin 2022). Le revenu se déclare donc pour son montant brut, avant retenue à la source. En l'absence de convention, les revenus de capitaux mobiliers sont en revanche imposés pour leur montant net de l'impôt étranger (CGI, art. 122).

Que faire si la retenue prélevée à l'étranger dépasse le taux prévu par la convention ?

Le crédit d'impôt imputable en France est limité au prélèvement que la convention autorise l'État de la source à opérer. L'excédent ne s'impute pas en France ; lorsque la convention prévoit un dégrèvement, il se réclame auprès de l'administration de l'État de la source, selon sa procédure et dans ses délais (BOFiP, BOI-RPPM-RCM-20-10-20-60, 29 décembre 2016). À défaut, il reste à la charge du contribuable.

Un revenu étranger exonéré en France doit-il quand même figurer sur la déclaration ?

Oui. Un revenu imposable dans l'autre État et ouvrant droit en France à un crédit égal à l'impôt français est retenu pour calculer le taux applicable aux autres revenus du foyer (BOFiP, BOI-INT-DG-20-20-100, 19 février 2020). L'omettre conduit à appliquer un taux trop faible à ces autres revenus.

Références

Cette page présente des règles générales à la date de sa dernière mise à jour. Elle ne tient pas compte des particularités de votre situation.